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Tiny house : un petit toit pour l'homme, un grand pas vers la simplicité

Quand un jeune marin prend l'initiative de construire son propre logement... Découverte sensible avec Luc Airiau de l'univers des Tiny houses, ces maisons sur roues compactes, adaptables et respectueuses de l'environnement.

J’ai 25 ans, je suis marin et je me suis lancé l’été dernier dans la construction d’une Tiny house.

Pour tout raconter, il faut remonter à la rentrée 2016. J’étais de retour sur les bancs de l’école de la marine marchande pour compléter ma formation pendant un an. J’y ai retrouvé deux amis qui s’étaient lancés dans l’aventure des Tiny l’été précédent. L’un d’eux vivait alors dedans, en pleine ville de Nantes, sur les bords de Loire. Ils avaient mis une affiche dans le hall de l’école pour expliquer la nature de ces petites maisons sur roues. Ça a fait tilt et j’ai passé les trois heures suivantes (et bien d’autres par la suite) absorbé par cette idée tant elle m’est apparue géniale.

Cette conception minimaliste s’accorde bien avec une démarche de respect de la planète : la Tiny nécessite peu de moyens, pour sa construction et pour y vivre.

Je suis très sensible aux concepts écologiques. Cependant, si l’on peut facilement changer un bon nombre d’habitudes, de l’alimentation aux déplacements, notre mode d’habitat demeure plus difficile à modifier alors que cela reste un levier d’action décisif en matière environnementale.
C’est pour cette raison que j’imaginais me construire une maison, un jour lointain, pour habiter un lieu qui corresponde à mes convictions et pour la satisfaction de pouvoir me dire : « J’ai pu répondre à un besoin vital par mes propres moyens ; me construire un toit ». Mais je suis encore jeune, et pour cela il faut des fonds et un lieu où être certain de vouloir faire son chez-soi pour les années à venir.

Je ne connais pas encore cet endroit et mon métier ne me fixe aucune limite en France. Or les Tiny houses sont nomades : ces petites maisons sont construites sur des remorques. Mais mon but n’est pas non plus de faire un road trip en Tiny house : le châssis ne permet pas de tracter plus de 3,5 tonnes. Ce poids est rapidement atteint, et déplacer la Tiny nécessite un petit déménagement ainsi que la location d’un camion pour tracter la maison. Rien n’interdit cependant de concevoir un habitat plus nomade et d’adapter sa taille.

Le mouvement des Tiny houses en France est associé à l’idée d’un habitat durable. Ce concept a émergé après la crise des subprimes aux États-Unis, avant tout pour permettre à des personnes expropriées de retrouver un accès rapide au logement et à la propriété. La priorité n’est donc pas toujours de vivre plus « vert » mais surtout de proposer un mode d’habitat abordable (les sommes déboursées varient selon qu’on fasse appel à un constructeur professionnel ou qu’on se lance soi-même dans l’aventure).
Pour ma part, l’idée de me lancer en amateur est apparue dès le début comme une évidence. C’est un défi stimulant : il faut apprendre les bases de la construction, fouiner sur internet pour se former, trouver des trucs et astuces… Beaucoup d’heures sont passées à regarder des vidéos de constructeurs en tout genre.

Ma Tiny a été pensée sous l’influence de la permaculture : comme la grande majorité de ces petites maisons, elle est construite en ossature bois. Pour le reste, j’ai privilégié des matériaux renouvelables : bardage, plancher et lambris en bois, isolation en laine de mouton, etc.

La maison sera autonome, grâce à la récupération d’eau de pluie et à l’installation d’une citerne, chauffée au bois, ressource renouvelable et locale. Les eaux usées iront irriguer un futur potager grâce à un système de phyto-épuration (traitement par des plantes et des micro-organismes). Les toilettes sèches permettront de fertiliser ce même potager et dispenseront l’installation d’être raccordée à une évacuation.
Elle sera alimentée en électricité par des panneaux solaires et un petit parc de batteries. Cela représente sans doute la seule zone d’ombre au tableau, le photovoltaïque n’étant pas une solution si écologique, mais la taille réduite de l’habitation permet déjà de faire des économies d’énergie puisqu’elle ne comprendra qu’un peu d’éclairage LED, une pompe pour l’eau, une ventilation mécanique et un petit réfrigérateur basse consommation.

Dans ces petites maisons sur roues, le mot « tiny » devient une devise. On doit réfléchir à ce qui est essentiel et ce qui est superflu pour vivre confortablement dans un petit espace.

C’est en découvrant ce concept des Tiny houses que j’ai réalisé à quel point la forme de l’habitat a des répercussions sur notre mode de vie. Dans ces petites maisons sur roues, le mot « tiny » devient une devise. On doit réfléchir à ce qui est essentiel et ce qui est superflu pour vivre confortablement dans un petit espace.
Il est compréhensible que ce point soit vécu par certains comme une réelle contrainte. C’est même parfois perçu comme un signe de précarité. En vivant dans ce petit espace, on perd la liberté d’accumuler des objets ou des vêtements, on n’a pas de grand réfrigérateur à remplir… Je trouve au contraire cette réflexion passionnante : elle nous pousse à nous interroger sur ce qui compte réellement à nos yeux, dans l’esprit de la « sobriété heureuse » que décrit Pierre Rabhi 1. Je crois même que c’est une façon de mieux se connaître, de faire le tri dans toutes nos occupations. Les réponses sont aussi nombreuses qu’il existe d’individus. Par exemple, une Tiny a été conçue pour accueillir la collection de chaussures de son propriétaire.
Cette conception minimaliste s’accorde bien avec une démarche de respect de la planète : la Tiny nécessite peu de moyens, pour sa construction et pour y vivre. Avoir le niveau de son réservoir et la tension de ses batteries sous les yeux permet aussi de mieux se rendre compte des quantités de ressources qu’exige notre mode de vie.

À force de discussions, de lectures et de plans, j’ai franchi le pas et je me suis lancé. Une vraie frontière est franchie lorsqu’on envoie l’acompte pour la remorque. Viennent ensuite les devis pour les matériaux, puis les livraisons. Il s’est ensuite agi d’apporter la remorque de Nantes à Boulogne-sur-mer. J’ai trouvé un hangar où établir mon chantier, chez un agriculteur de la région, une excellente rencontre : il suit le projet avec attention et vit le chantier avec ses hauts et ses bas. Je profite de ses précieux coups de mains, de conseils.
J’ai ensuite commencé à faire les premières découpes. C’est une aventure chargée d’émotions, dont quelques angoisses. Il faut anticiper le poids final de l’installation, ses dimensions et les quantités de matériaux. Je pense assez régulièrement au jour où j’amènerai la maison à la pesée et où tombera le verdict.

Je passe un peu de temps sur le chantier entre chaque embarquement et, petit à petit, le projet prend forme. L’ossature est rapidement dressée, avec la satisfaction de voir se transcrire dans l’espace le plan numérique retravaillé cent fois.
Il ne faut surtout pas être pressé quand on est auto-constructeur : on fait des erreurs, il y a des imprévus et des déceptions, comme se rendre compte que le hangar ne fait pas tout à fait la hauteur espérée et que la maison ne pourra sortir qu’inclinée ou qu’un encadrement de fenêtre n’a pas été fait aux bonnes dimensions. Il y a eu des heures passées à se maudire pour telle ou telle inattention, un petit angle pas tout à fait droit. C’est un réel apprentissage de la patience lorsqu’une commande n’arrive pas tout à fait comme prévue, ou qu’un matériau a été oublié et qu’il faut remettre le chantier au prochain débarquement.
Mais malgré tous ces petits désagréments, voir le chantier avancer, se projeter dans les tâches à venir et s’imaginer habiter et vivre entre ces quatre murs sont une belle motivation.

Ma formation et mon métier m’ont apporté des compétences manuelles précieuses. Mais je suis convaincu que n’importe quelle personne motivée est capable de se former. Les constructeurs professionnels sont généreux en conseils. De nombreux groupes sur le sujet existent sur les réseaux sociaux et Youtube regorge de chaînes de constructeurs.

Certainement, l’un des aspect les plus passionnants de ces maisons sur roues est leur côté “personnel”. Libre à chacun d’imaginer sa façon de vivre : autonome ou raccordé aux réseaux, ultramobile ou plus sédentaire, choix des matériaux en fonction de ses moyens.
Pour faire connaissance avec ces habitats mobiles, il est bon de savoir qu’il en existe en location pour quelques nuits. C’est par exemple l’occasion de découvrir un gîte insolite lors d’un voyage !


Pour citer cet article :

Luc Airiau, « Un petit toit pour l’homme, un grand pas vers la simplicité », Revue Sur-Mesure [En ligne], 3| 2018, mis en ligne le 1/03/2018, URL : http://www.revuesurmesure.fr/issues/habiter-des-desirs-au-projet/un-petit-toit-pour-l-homme-un-grand-pas-vers-la-simplicite


Notes :


  1. Pierre Rabhi, 2010, Vers la sobriété heureuse, Actes Sud, 144 p.