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Quand la culture fait ville

le cas U1 à Château-Thierry (1/2)

À l’heure où la culture est mobilisée autant pour renforcer la cohésion sociale que pour accroître l’attractivité territoriale, les petites villes apparaissent comme des terrains d’observation privilégiés des recompositions à l’œuvre. Héritées d’un idéal d’équité, les politiques culturelles peinent à s’adapter à l’évolution des pratiques et à la montée du marketing urbain. À Château-Thierry, la reconversion d’une friche industrielle en pôle culturel cristallise ces tensions : entre mémoire ouvrière, recomposition sociale et quête d’identité, la culture peut-elle encore faire ville sans accentuer les fractures territoriales ? Un article qui s'inscrit dans le cycle de publications "Transformer, une culture du tiers-lieu".

Les politiques culturelles constituent des leviers de l’aménagement du territoire. Un investissement important dans les équipements culturels de proximité (bibliothèques, centres socio-culturels, etc.) a permis de mailler le territoire français en cherchant une équité d’accès à ces services. Dans les années 1960-1980, les politiques culturelles constituaient, pour les collectivités locales, un vecteur de transformation des quartiers et une manière d’assurer la cohésion sociale (Vion, Le Galès, 1998). Cependant, les pratiques culturelles se sont recomposées dans les grandes villes, sans mutation notable des politiques culturelles (héritées du fordisme) (Genard, 2014). Les nouvelles cultures urbaines (tags, rap, etc.) émergent alors hors des politiques publiques, renforçant la ségrégation spatiale des pratiques. De leur côté, les édiles locaux mobilisent les politiques culturelles pour positionner leur ville dans la compétition interurbaine (en termes de marketing urbain).

Les liens entre culture et urbain ont muté, avec une concurrence plus accrue entre les villes et une importance croissante de l’industrie culturelle (liée à l’urbanité centrée sur la consommation). Les politiques d’attractivité urbaine ciblent lesdites « classes créatives » (Florida, 2002), en risquant de laisser pour compte les cultures de rue ou expressions marginalisées. La culture est mobilisée pour transformer des quartiers en déclin (implantation de musées, théâtres, clusters créatifs…) et attirer des touristes et investisseurs en créant un récit urbain positif. L’attractivité économique prime sur la justice sociale et territoriale, avec des équipements programmés qui ne correspondent pas toujours aux usages des habitants (Vivant, 2007), parfois vecteurs de la transformation de la morphologie sociale d’un quartier.

Cette articulation entre politiques urbaines et politiques culturelles est ici analysée à travers le cas d’une petite ville française. Située entre Paris et Reims, Château-Thierry est l’une des quatre villes structurantes du département de l’Aisne. L’attractivité de Château-Thierry peut notamment s’expliquer par la proximité à la région francilienne (autoroute A4, ligne interrégionale de TER Vallée de la Marne, ligne Transilien Paris Est), son territoire d’influence s’étendant le long de la vallée de la Marne.

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L’accessibilité de Château-Thierry depuis Paris et Reims, Q. Lefèvre, 2019

Château-Thierry fait partie des territoires qui participent au desserrement de la population francilienne. La ville attire ces ménages du fait du prix du foncier, de la tranquillité et de la liaison rapide avec Paris, ce qui a conduit à une périurbanisation à la fin des années 1990. D’anciens Picards à la retraite y ont migré pour résider en maison individuelle (Prud’homme, 2003). Dans le même temps, 9 070 Picards ont déménagé à Paris, surtout des étudiants et jeunes actifs. À Château-Thierry, l’expansion urbaine s’est effectuée sur les coteaux nord pour les logements sociaux (Blanchards et Vaucrises), les lotissements (avenue de Paris, avenue d’Essômes, rue de la mare Aubry et zone est des Chesneaux) et les zones industrielles.

Ce faisant, l’espace public s’est vidé de son animation piétonne pour laisser place à la circulation automobile. Le centre commercial Leclerc et les nombreux bistrots parsemant la ville font office d’agora publique. Il n’existe pas de véritables espaces intergénérationnels hormis lors des festivités ou sur les bords de Marne pour pêcher. En soirée, seul le bowling constitue un espace de rencontres entre jeunes. Le Conseil des sages indique que : « À l’époque, on avait ce qu’on appelait des bals. Il y avait la péniche, on pouvait danser dans la péniche [...] Donc il y avait beaucoup de mouvements [...] Après 4 heures du matin, tu en avais plein qui étaient dehors et tout, et aujourd’hui, il n’y a plus rien ». La vulnérabilité économique de la population reste par ailleurs sensible (taux de chômage de 15,5 % en 2022, revenu médian évalué à 19 150 euros par habitant et taux de pauvreté de 27 % en 2021).

Les habitants sont partagés entre les apports d’une diversité socio-culturelle et l’angoisse de devenir une ville dortoir.

Selon le maire actuel, S. Eugène (2018-), l’enjeu est de passer d’une « logique d’opportunité » où la municipalité subit la pression des promoteurs immobiliers à une « logique de planification urbaine » pour favoriser la mixité sociale. En ce sens, il a supprimé la moitié des permis de construire en cours d’examen afin d’inciter fortement les bailleurs sociaux à rénover le parc social existant. Sa stratégie revient à attirer des populations de classe sociale plus aisée venant de Paris (empruntant le TER Vallée de la Marne), et à freiner l’installation de populations franciliennes moins aisées (empruntant le Transilien P). Les habitants sont partagés entre les apports d’une diversité socio-culturelle et l’angoisse de devenir une « ville dortoir » avec une forme de repli communautaire. Pour attirer cette catégorie de population plus aisée, des projets de requalification sont mis en place, telle la transformation de l'ancienne unité 1 de l’usine Belin en pépinière culturelle.

Analyser les dynamiques socio-urbaines locales par une méthodologie hybride

La recherche-action s’est déroulée de janvier à juin 2019, avec un financement de la Plateforme d’Observation des Projets et des Stratégies Urbaines en partenariat avec la Cité de l’Architecture et du Patrimoine (programme Popsu-Territoires). L’objectif global du programme était de capitaliser des connaissances locales au sein de petites villes afin d’en assurer la diffusion auprès d’une diversité d’acteurs de la production urbaine.

L’analyse s’est opérée (avec le sociologue urbain Florian Guérin, l’urbaniste designer Quentin Lefèvre et le vidéaste-plasticien Lucas Bonnel) à travers, d’abord, des marches exploratoires complétées de relevés objectivant de la structure urbaine de l’île. Des réunions internes se sont tenues avec les services municipaux, six entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès d’acteurs locaux de la production urbaine et sept entretiens auprès d’acteurs de la production culturelle (des discours confrontés aux allocutions publiques). Afin de replacer ces éléments dans leur contexte historique, nous avons réalisé un dossier de presse de 365 articles publiés entre 1996 et 2019 et nous avons consulté un film documentaire traitant de l’évolution des conditions de travail à Belin (réalisé par M. Macros), l’ouvrage Belin. 90 ans de passion (1992), les documents d’urbanisme réglementaire et les diagnostics préalablement effectués.

Les habitants ont été impliqués, avec une réunion publique pour lancer officiellement l’étude et un workshop pour mettre en débat les propositions. Des entretiens directifs ont été conduits auprès de 55 résidents et des échanges conduits avec trois collectifs et associations impliqués dans la vie locale. De nombreuses rencontres ont été effectuées dans la rue et les espaces communs, avec la médiation du vidéaste-plasticien. La présence d’une caméra permettait de créer une réaction auprès des usagers croisés (avec l’envie de « passer à la télé’ » (sic.)). Une exposition à la médiathèque a rendu compte de l’étude.

[Film documentaire à découvrir ici : <GLPV, 2021 - Lucas Bonnel>].

La blessure d’une désindustrialisation en cœur de ville

Le développement de Château-Thierry est lié à son histoire industrielle. Il en est ainsi de la société Belin qui installe une usine sur l’île en 1931 pour la fabrication de biscuits et emploie alors 180 salariés. Belin deviendra l’un des principaux employeurs de la ville, passant de 400 à 800 travailleurs durant les années 1950, et réalisant une extension en 1961. Le nombre d’habitants a doublé entre 1936 et 1990 (de 7 928 à 15 312 résidents). Le lancement du biscuit Pépito en 1963 a créé une nouvelle dynamique industrielle, mais les années 1990 sont marquées par des plans sociaux : Nabisco-Belin est racheté par BSN (l’ancêtre de Danone) en 1989 avec 200 à 300 licenciements pour 1 000 salariés. La marque Belin est devenue LU en 1997. Danone prévoit la suppression de 100 postes sur 310, amenant à des mobilisations syndicales à l’échelle plus large du groupe. L’entreprise signe un accord avec Lor qui construit une usine dédiée à la production de boudoirs (60 emplois) mais qui subit des difficultés financières dès 2005. Le rachat des biscuits LU par Kraft Foods en 2007 (devenu par scission Mondelez international en 2012) permet de pérenniser l’usine de Château-Thierry, notamment avec la création de la marque biologique La Clé des champs (150 salariés environ en 2009, puis 115 salariés en 2015). Mais la fermeture de l’Unité 1 (U1) au début des années 1990 a été vécue comme une blessure au cœur de la ville.

L’histoire de la biscuiterie ravive le passé industriel glorieux. Des traces mémorielles et affectives sont partagées tels, par exemple, son horloge.

L’économie industrielle subit alors un tournant, avec notamment le développement de la logistique. La zone d’activités (ZA) de la Moiserie, à l’entrée Nord de la ville, est développée dans les années 2000 (Novacel Optical, Netto, etc.), la ZA de l’Europe à l’entrée Sud dans les années 1960 (groupe Westfalia Separator, centre commercial Leclerc, etc.), et la zone de l’Omois à proximité de l’autoroute A4 (plateformes logistiques de William Saurin, Pillaud Matériaux ou FM Logistic, PME/PMI et artisans). Ces évolutions préoccupent le politique qui interpelle régulièrement l’État pour soutenir son industrie, tel l’appel des députés en 2007 pour sauver la société Arjowiggins ou l’occupation de la sous-préfecture en 2009 pour sauvegarder les emplois de l’entreprise Wagon Automotive. Nombre d’habitants ont également évoqué les impacts de ces évolutions : « on a perdu beaucoup, beaucoup d’usines, mais c’est considérable ! » ; « Où tu vas trouver du travail à Château-Thierry ? J’en ai fait l’expérience quand même… ».

L’histoire de la biscuiterie – du fait de sa centralité, de la dimension symbolique liée au Pépito et de son passé avec une forte employabilité – ravive le passé industriel glorieux. Des traces mémorielles et affectives sont partagées tels, par exemple, son horloge sur laquelle « tout le monde se calquait », ou les odeurs de biscuits en passant sur l’île. « C’est un endroit de douleur dans la ville. Alors peut-être que les uns et les autres ne veulent pas le dire comme tel. Mais c'est étouffé, c'est pire qu'un moment d'expression de la lutte parce que ça n'existe pas. C'est une douleur sourde », indique l’Échangeur CDCN. Cette histoire ravive des souvenirs douloureux, telle une dame âgée en pleurs à la fin du spectacle « Ay Pépito ! » (créé par l’artiste chorégraphique local Xavier Lot qui raconte l'histoire de son père ayant travaillé dans cette usine).

Les structures culturelles ayant investi le bâtiment U1 se posent la question de la conservation de la mémoire industrielle. La rapidité de fermeture du site, sans combat syndical (du fait d’un plan de licenciement masqué avec des départs à la retraite anticipée non remplacés), n’a pas permis de l’engager. Ainsi, la structure du Silo souhaiterait créer une exposition avec des photographies de l’usine et de ses salariés, des témoignages, etc. : « Il y a de temps en temps des gens qui viennent là et qui disent : "J'ai bossé là pendant des années, c'était mon usine, c'est marrant de revoir les lieux complètement différents" ». La mémoire joue sur la légitimité des projets de restructuration, avec une diversité d’outils de médiation possibles tels un recueil de documents, un travail sur le bâtiment architectural en tant que témoin de ce passé (conserver des volumes, matériaux, etc.) ou la dénomination du futur lieu.

Le pari de la culture pour faire ville

Après sa fermeture, le site U1 de l’usine Belin a été transformé de manière incrémentale. En 2016, la municipalité rachète les lieux (un ensemble foncier de 12 500 m²) et entame leur réaménagement. Selon la volonté de l’entreprise Belin (indiquée dans le bail emphytéotique signé en 1995 avec la municipalité), l'idée était de co-construire un cluster d'associations et de micro-entreprises. La salle de spectacle départementale La Biscuiterie, une mission locale, le pôle d’expositions temporaires le Silo, des associations artistiques et culturelles s’y installent progressivement. Les studios de répétition du Centre de Développement Chorégraphique régional, L’Échangeur CDCN, se sont implantés définitivement en 2014. La vie socio-culturelle s’est donc installée, mais des artisans et entreprises ont quitté les lieux (baux non reconduits). Ainsi, la stratégie d’accueil de micro-entreprises n'a pas fonctionné, malgré les loyers à prix modiques.

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L’implantation des espaces culturels à Château-Thierry, Q. Lefèvre, 2019

U1 est devenu un pôle culturel mais sans gouvernance, programmation ou projet communs à ses structures (tout en considérant l’Échangeur CDCN comme une locomotive), ce qui apparaît à la fois comme un inconvénient (manque de lisibilité, de cohésion du projet), et comme un avantage (les structures « membres » sont libres de leurs activités). Le pôle U1 réunit, de fait, des structures juxtaposées aux activités (danse, théâtre, boxe…) et statuts (amateur vs professionnel) différents.

Les deux festivals de l’Échangeur CDCN attirent 8 500 personnes de l’agglomération de Château-Thierry pour C’est comme ça ! (un temps où les structures se fédèrent) et 15 000 personnes à l’échelle régionale des Hauts-de-France pour Qui danse ?. Le Théâtr’O génère la moitié des spectateurs de théâtre à l’échelle départementale. Le public de La Biscuiterie provient du sud de l’Aisne, et le public rémois et parisien est parfois attiré par les têtes d’affiche. Globalement, la programmation est travaillée pour attirer une diversité de publics (jeunes, résidents de quartiers populaires, etc.). Mais ce secteur offre peu de perspectives d’emplois : 20 bénévoles permettent le fonctionnement de la salle de concerts la Biscuiterie, 4 personnes travaillent au sein de la salle d’expositions du Silo (dont un service civique), 7 à 8 permanents sont à l’Échangeur CDCN.

La pépinière U1 permet de lutter au quotidien contre les inégalités d’accès à la culture avec la gratuité des activités du Silo, un spectacle entre 0 et 10 euros à la Biscuiterie, etc.

La pépinière U1 permet de lutter au quotidien contre les inégalités d’accès à la culture avec la gratuité des activités du Silo (expositions, ateliers artistiques pour les enfants, etc.), un spectacle entre 0 et 10 euros à la Biscuiterie, etc. L’accès aux offres culturelles est facilité par une politique tarifaire attractive, ainsi qu’une programmation adaptée à une diversité de publics, afin de casser la barrière d'une culture élitiste et - surtout - de permettre la formation d'une hospitalité urbaine. Ces structures, et les associations sanitaires et sociales largement subventionnées par la municipalité, tendent à remplacer le patronat social qui s’est peu à peu dissipé. L’entreprise Belin avait créé un comité social en 1942 pour subvenir aux besoins des blessés de guerre et créer une cohésion sociale (réaliser la grande famille dans l’entreprise). Les salaires ont été augmentés de 120 % entre 1950 et 1958 (Belin était l’entreprise qui payait le mieux ses salariés dans la ville), et une caisse d’entraide a été mise en place (en cas d’arrêt maladie ou d’accident du travail, pour des primes de vacances, le paiement de cinq jours fériés ou des aides financières. Le souvenir des grandes fêtes de Noël organisées par l’entreprise est encore bien présent.

La pépinière accueille aujourd’hui le seul centre de danse contemporaine situé en milieu rural, mais l’offre culturelle est mal connue, le site étant par ailleurs enclavé au cœur de l’île. Les activités de la pépinière U1 fonctionnent mais l’espace ouvert est sous-utilisé hors événements ou activités associatives. Pour autant, les acteurs culturels de U1 ne restent pas dans un entre soi sur l’île. Ils se déplacent hors-les-murs pour décloisonner la culture, tel le Silo qui organise des activités dans plusieurs espaces de la ville (Maison de l’Amitié Franco-Américaine, Musée Jean de la Fontaine, jardins partagés, Grande rue, établissements scolaires, etc.). Le festival Qui danse ? de l’Échangeur CDCN se déplace dans les divers départements de la région des Hauts-de-France, au sein de « zones blanches » où aucun espace culturel dédié n’existe. Cette structure réalise environ 500 actions par an d’Éducation Artistique et Culturelle pour 70 établissements scolaires, sanitaires et sociaux. Elle travaille avec les commerçants, les enseignants et les comités d’entreprises pour la communication événementielle. Les artistes sont issus de la région, voire d’ailleurs en France (notamment Paris, Strasbourg et Marseille) et à l’international (Maghreb, Moyen-Orient et certains pays d’Afrique) : « On est aujourd’hui […] ouverts sur le monde et dans le monde. Il est absolument nécessaire de faire venir une autre vision du monde. Les artistes, ça doit servir à ça, tenter de nous aider à comprendre la complexité du monde d'aujourd'hui » (entretien avec l’Échangeur CDCN).

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Les espaces extérieurs de la pépinière U1, Q. Lefèvre, 2019

Des multiples visages castels à la recherche d’une identité commune

L’offre culturelle de U1 enrichit le dynamisme local qui s’appuie sur des ressources historiques, tels les remparts du château ou la maison natale de Jean de la Fontaine dont la figure emblématique orne l’espace public (statues, panneaux, etc.) et est mobilisée en termes de marketing (décors de boîtes de biscuits Belin, etc.). Le maire indique que lors de la fête dédiée à Jean de la Fontaine – la plus importante fête de l’année – « les gens viennent d’assez loin […] Les bords du canal sont pleins, la fête foraine est pleine. […] en trois jours c’est l’une des plus rentables pour eux ». Le patrimoine bâti local est également rénové à la suite d’un diagnostic (ZPPAUP, 2005) : réouverture de la Banque de France en 2018, transformation de l’ancienne piscine des architectes Vaudou et Luthi (1971), rénovation de l’Hôtel Dieu grâce à la visibilité du Loto du Patrimoine et au soutien du pôle muséal, refonte du musée Jean de La Fontaine, etc. Ces marqueurs historiques permettent de conserver une mémoire collective, ce qui est facilité par une bonne entente entre l’Architecte des Bâtiments de France et le service d’urbanisme de la municipalité. La Société historique et archéologique de Château-Thierry apporte son expertise, ce qui a pu l’amener à sauver une partie du couvent (1623) à travers un classement.

Le récit promotionnel de la ville se transforme progressivement en prenant appui sur une diversité de ressources. L’articulation avec des événements culturels permet ce rayonnement.

Le récit promotionnel de la ville se transforme progressivement en prenant appui sur une diversité de ressources. Il en est ainsi de la filière oenotouristique, les cantons de Charly-sur-Marne et de Château-Thierry étant intégrés dans l'appellation d’origine contrôlée Champagne (étendue à une quarantaine de communes dans l’Aisne en 2009). L’offre a été structurée en partenariat avec le département pour la refonte de la signalétique « Route touristique du champagne ». La Maison du tourisme a structuré le réseau de 70 vignerons du pays du sud de l’Aisne labellisés « Vignobles et découvertes » qui accueillent à la propriété. L’articulation avec des événements culturels, tels « Champagnez-vous », la balade pétillante à Charly-sur-Marne ou « Funambule » à Crouttes-sur-Marne, permet ce rayonnement. Il en est de même pour le tourisme de mémoire, où la Maison du tourisme collabore avec l’American Battle Monuments Commission qui gère les monuments et cimetières à l’extérieur des États-Unis. Le monument américain surplombe la ville, rappelant le souvenir de la bataille de la Marne (1918) : « Aujourd’hui, auprès de ces américains on a une chance, et j’espère que dans un second temps ce sera une clientèle qui consommera de la nuitée, mais on va dans un premier temps travailler ce qu’ils appellent ce detrip, c’est-à-dire, venir de Paris en une journée » (entretien avec la Maison du tourisme). Une collaboration avec les villes de Reims, Épernay et Troyes (dans le cadre du contrat de destination nationale la Champagne) renforce l’offre articulant l’histoire de la grande guerre et les produits du terroir.

Le rayonnement de Château-Thierry est donc renforcé par les politiques touristiques et culturelles. Prenant appui sur des politiques de revitalisation urbaine, les projets doivent servir les habitants et attirer des investisseurs. Mais la diversité des ressources pose la question de l’identité de Château-Thierry. Cela joue sur les choix budgétaires opérés pour les futurs réaménagements. Symbole de ce nouveau récit à concevoir, un concours a été lancé en 2019 pour un nouveau drapeau de la ville.


COLLECTIF (1992), Belin. 90 ans de passion, Belin
FLORIDA, R. (2002), The Rise of the Creative Class, New-York, Basic Books
GENARD, J-L (2014), « Cultures urbaines et politiques culturelles », SociologieS [en ligne]
PRUD’HOMME, N. (2003), « Les migrations résidentielles en Picardie du sud », INSEE Picardie, 123
VILLE DE CHÂTEAU-THIERRY (2015), AVAP. Rapport de présentation de la ZPPAUP de Château-Thierry, 23 septembre
VION, A., LE GALES, P. (1998), « Politique culturelle et gouvernance urbaine : l’exemple de Rennes », Politiques et Management public, 16-1, pp. 1-33
VIVANT, E. (2007), « L'instrumentalisation de la culture dans les politiques urbaines : un modèle d'action transposable ? », Espaces et sociétés, 4-131, pp. 49-66