Édition

Transformer, une culture du tiers‑lieu

Si le terme de tiers-lieu est défini dès les années 1980 par le sociologue Ray Oldenburg, ce n’est que depuis une quinzaine d’années que l’on assiste à leur multiplication. Des friches industrielles, commerciales ou même militaires sont transformées en tiers-lieux collaboratifs à vocation culturelle. Cette nouvelle figure spatiale est progressivement médiatisée et mobilisée par l’action publique. L’État encourage actuellement leur développement dans tous les territoires, notamment via les programmes du groupement d’intérêt public France Tiers-Lieux. En effet, les tiers-lieux contribuent à pallier la disparition de services publics de proximité, et plus largement du lien social, contrebalançant de fait les effets des politiques publiques d'inspiration libérale. Souvent porteuses d’une ambition de renouvellement de l’exercice de la démocratie locale, ces instances mutent sous l’effet de leur institutionnalisation.

Ce cycle de publications propose une lecture critique des impacts sociaux et territoriaux des tiers-lieux culturels. A l’heure de la reconstruction de la ville sur elle-même, des acteurs traditionnels de l’aménagement s'approprient et utilisent les codes du piratage urbain (squats, underground, lieux alternatifs…) pour transformer ces friches et leur territoire d’implantation. Les logiques d’attractivité ou de marketing territorial peuvent entrer en contradiction avec les objectifs initiaux de promoteurs de formes culturelles alternatives. Une discontinuité s’observe entre les occupations temporaires et préfigurations faisant appel à la créativité artistique et culturelle, et les transformations induites au profit de la promotion immobilière. Ainsi, certains tiers-lieux collaboratifs à dimension culturelle participent à des stratégies implicites de concentration des richesses. Ils peuvent aussi contribuer à la transformation, voire à la disparition de pans entiers de l’histoire sociale locale. La multiplication des tiers-lieux culturels raconte aussi l’évolution des politiques culturelles, avec le développement des projets d’EAC (Education Artistique et Culturelle) ou l’apparition de la notion de droits culturels.

Des interrogations émergent de cette situation : quelles controverses accompagnent l’émergence des tiers-lieux culturels ? Comment est-on passé de formes d’auto-gestion à une fabrique institutionnalisée ? Quels sont les jeux d’acteurs et les modalités de gouvernance ? Comment les projets de tiers-lieux culturels participent-ils à réinventer les territoires desquels ils ont émergé ? Quels sont les effets sociaux et territoriaux des tiers-lieux culturels ? En quoi préfigurent-ils, ou non, les aménagements de demain ? De quels imaginaires, signaux faibles ou promesses d’un monde plus soutenable sont-ils les relais ?

Ce cycle est conçu et proposé par Florian Guérin et Quentin Lefèvre. Vous souhaitez y participer ? N'hésitez pas à consulter l'appel à contributions ou à nous écrire !

Transformer, une culture du tiers-lieu
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Quand la culture fait ville

À l’heure où la culture est mobilisée autant pour renforcer la cohésion sociale que pour accroître l’attractivité territoriale, les petites villes apparaissent comme des terrains d’observation privilégiés des recompositions à l’œuvre. Héritées d’un idéal d’équité, les politiques culturelles peinent à s’adapter à l’évolution des pratiques et à la montée du marketing urbain. À Château-Thierry, la reconversion d’une friche industrielle en pôle culturel cristallise ces tensions : entre mémoire ouvrière, recomposition sociale et quête d’identité, la culture peut-elle encore faire ville sans accentuer les fractures territoriales ? Un article qui s'inscrit dans le cycle de publications "Transformer, une culture du tiers-lieu".