Lieux Refuges est un travail de documentation des différents espaces de refuges de l’intime en ville. Une recherche qui se concentre actuellement sur les occupations temporaires. La multiplication de ces lieux hybrides en ville, à la fois leviers de valorisation immobilière, laboratoires urbains, berceaux de collectifs et extension de logements, interrogent notre manière d’habiter une ville dont le développement engage à se déplacer plus loin et plus rapidement.
Les marges et le temps court sont-ils des espaces propices à retrouver une expérience du quotidien, de la proximité, et donc à recréer un rapport intime aux lieux que nous habitons ? La multiplication de ces initiatives est-elle symptomatique d’un besoin d’espaces autres, libres, manquants ? Ou ces opportunités d’expérimenter restent avant tout des leviers d’acceptabilité d’opérations urbaines ou immobilières discutables ?
Ces espaces sur le fil débutent avec une date de fin, naissent archives. C’est pourquoi je les photographie à l’argentique : l’existence physique du négatif fait écho aux enjeux de temporalité et de mémoire que ces lieux portent en eux.
L’objectif de ce travail n’est pas tant de répondre à l’une ou l’autre de ces questions, mais de documenter la fragilité de ces lieux et de ceux qui les habitent ainsi que leur caractère instable et passager afin de reconnaître la valeur de ce qui s’y sera vécu, de ce que ces chapitres courts d’histoires plus longues apportent au récit collectif qui s’y construit.
Ces espaces sur le fil débutent avec une date de fin, naissent archives. C’est pourquoi je les photographie à l’argentique : l’existence physique du négatif fait écho aux enjeux de temporalité et de mémoire que ces lieux portent en eux.
Portrait capsule du BoB – Occupation temporaire à Villeurbanne
Les occupations temporaires font partie des lieux d’atterrissage des projets urbains dans nos quotidiens. Certains des occupants sont arrivés au BoB car le Sytral a réquisitionné leurs anciens bureaux situés sur le trajet futur d’un nouveau tramway. D’autres arrivent au BoB suite à la mise en vente de leurs anciens ateliers par le propriétaire. Si la Métropole s’engage dans l’achat de fonciers stratégiques, cette démarche ne peut être généralisée à tous les sites. L’intervention sur le secteur du 22D - dont fait partie le BoB - permet un temps de répit à ce lieu.
Ainsi, les “bobies” sont arrivés. Seuls, à plusieurs, artistes, artisans, entreprises et associations composent une société en constant renouvellement. La vie, discrète dans l’immensité de cette usine, y suit son court ; pendant que certains prennent une douche avant une réunion d’occupants, on peut apercevoir des silhouettes passer à travers les parois vitrées. Les bureaux des habitants deviennent le prolongement d’un logement trop exigu pour accueillir leurs activités. Face à ce manque de lieux adaptables, les occupations temporaires offrent certains avantages, notamment celui d’un loyer accessible ainsi que la possibilité de sortir d’une forme d’isolement. Pourtant même modéré, ce coût reste parfois difficile à assumer.
La gouvernance collective, bien que complexe à mettre en place, permet alors une certaine souplesse : partager un bureau, ajuster les usages, occuper ponctuellement des espaces vacants. Cette flexibilité est renforcée par la diversité des activités présentes, chacune sur leur temporalité de fonctionnement, permettant ainsi un relais des présences et un équilibre des impacts que peuvent générer les activités de chacun. La vie collective se structure, chacun prend ses marques et y laisse les siennes. Les objets et autres formes d’habiter font corps avec les vestiges de l’ancienne usine. S’il est difficile d’y connaître tout le monde, rencontrer ses voisins se fait facilement, les bureaux étant séparés par des parois vitrées on n’y est jamais vraiment seul. Ainsi, on se retrouve pour le café et une partie de jeu devient l’occasion de discuter d’une création d’entreprise.
Bien qu’organisée, créative et ouverte, cette microsociété reste en marge. Depuis l’espace public, la mue du BoB reste confidentielle. L’ancien site productif accueille discrètement, progressivement, laissant le temps aux relations de se tisser, entre occupants mais aussi avec le quartier environnant. La marge offre une opportunité et le temps en est une condition structurante, habiter temporairement donne un caractère favorable à l’expérimentation : on a peu de temps et ça ne restera pas donc allons-y franchement. Mais cette temporalité reste le socle de situations fragiles, mouvantes et précaires.
“Maintenant qu’on a défait nos palettes, on respire.”
Les légendes des images sont issues d’un atelier collectif avec les habitants du BoB ou sont des extraits des entretiens menés au cours du reportage.
Les entretiens, condensés, sont disponibles sous un format audio de 20min à l’adresse suivante :
soundcloud.com/laetitia-roggeman/portrait-capsule-du-bob
L’ensemble de la série est visible sur mon site internet : laetitiaroggeman.eu



















